Une récolte record qui tombe au bon moment
Le secteur phoenicicole marocain vit un moment exceptionnel. Avec une production prévisionnelle de 160 000 tonnes pour la campagne 2025-2026, soit une hausse spectaculaire de 55% par rapport à l’année précédente, nos dattes connaissent un rebond historique. Et cette performance arrive précisément au moment où le Maroc sort officiellement de sept années de sécheresse, avec des barrages qui affichent 47,8% de remplissage ce 19 janvier 2026, contre seulement 28% il y a un an.
Cette convergence n’est pas un hasard. Les pluies exceptionnelles de l’hiver 2025 (en hausse de 95% par rapport à l’année précédente) ont créé des conditions climatiques idéales pour le développement des palmiers dattiers. La région de Drâa-Tafilalet, qui concentre 76% de notre production nationale, a particulièrement bénéficié de cette embellie hydrique, suivie de Souss-Massa et l’Oriental avec 11% chacune.
Un secteur qui nourrit nos oasis et nos familles
Derrière ces chiffres se cachent des réalités humaines tangibles. Le palmier dattier génère un chiffre d’affaires annuel pouvant atteindre 2 milliards de dirhams et mobilise près de 3,6 millions de journées de travail dans des zones où chaque opportunité d’emploi compte. Pour les familles du sud marocain, cette culture ancestrale représente bien plus qu’une activité économique : c’est un mode de vie, une identité, un rempart contre l’exode rural qui vide tant de villages.
Les superficies dédiées au palmier dattier témoignent de cette dynamique : de 50 900 hectares en 2008, nous sommes passés à 69 490 hectares en 2025, soit une progression de plus d’un tiers. Cette expansion s’accompagne d’investissements massifs de 7,5 milliards de dirhams sur la période 2021-2030, avec un objectif clair : planter 5 millions de nouveaux palmiers et atteindre 300 000 tonnes de production d’ici 2030.
Mejhoul et Boufeggous : nos ambassadrices au marché
Nos 450 variétés de dattes constituent un patrimoine génétique exceptionnel, dont 9 ont été labellisées par des indications géographiques protégées (IGP). La Mejhoul, avec ses 93% de pulpe contre seulement 7% de noyau, reste la référence internationale pour la qualité. Mais lors du SIDATTES 2025 à Erfoud, c’est la Boufeggous qui a volé la vedette, gagnant en popularité grâce à son prix plus accessible et sa qualité remarquable.
Ces variétés labellisées (Aziza Bouzid, Jihel, Najda, Outoukdim, Bousthammi noire…) ouvrent des perspectives d’exportation prometteuses vers l’Union européenne et réduisent notre dépendance aux importations, qui ont atteint 138 000 tonnes entre 2022 et 2024 pour une facture de 2,46 milliards de dirhams. Avec 160 000 tonnes produites localement, nous nous rapprochons enfin de l’autosuffisance pour satisfaire la demande nationale estimée à environ 300 000 tonnes.
L’eau : une opportunité à saisir avec prudence
Voici le paradoxe fascinant de cette saison : alors que nos barrages retrouvent des niveaux encourageants et que plusieurs ont même atteint 100% de leur capacité, le thème du SIDATTES 2025 reste centré sur “la gestion durable des ressources hydriques”. Pourquoi cette prudence en pleine embellie ?
La réponse tient en trois mots : mémoire et résilience. Les sept années de sécheresse que nous venons de traverser nous ont appris une leçon cruciale : l’eau reste un bien précieux, même quand les barrages sont pleins. Cette période favorable n’est pas une invitation à relâcher nos efforts, mais au contraire une opportunité exceptionnelle pour accélérer les investissements dans les technologies durables.
L’irrigation localisée au goutte-à-goutte incarne parfaitement cette philosophie. En permettant d’économiser plus de 50% d’eau tout en doublant la production par arbre (qui passe de 50 à 100 kg), cette technologie transforme notre manière de cultiver. Couplée aux panneaux solaires pour le pompage, elle garantit la viabilité à long terme de nos oasis, même lorsque le climat redeviendra capricieux.
2030 : un objectif ambitieux mais à portée de main
Doubler presque notre production actuelle pour atteindre 300 000 tonnes d’ici 2030 peut sembler audacieux. Mais regardons les faits : entre 2008 et 2025, nous avons déjà doublé nos volumes, passant de 90 400 à 160 000 tonnes. Les infrastructures sont en place, les investissements sont mobilisés, et surtout, nous disposons désormais des technologies pour gérer efficacement l’eau.
La vraie question n’est pas “pourrons-nous y arriver ?”, mais plutôt “saurons-nous maintenir cette vigilance sur nos ressources en eau ?”. Car si 2025-2026 nous offre des conditions exceptionnelles, les données des années précédentes nous rappellent la volatilité climatique : 115 000 tonnes en 2023-2024, puis 103 000 tonnes en 2024-2025, avant ce rebond à 160 000 tonnes. Cette montagne russe climatique exige de nous une gestion intelligente et anticipative.
L’avenir de nos dattes se joue maintenant : profitons de cette embellie pour consolider nos infrastructures, généraliser l’irrigation durable, et bâtir une filière phoenicicole capable de prospérer quelles que soient les caprices de la météo. Nos oasis méritent cette vision à long terme.



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