Est-ce que vous savez que le safran que vous achetez sur les marchés marocains a une chance sur deux de ne pas être marocain ? Alors que notre pays est le 3ème producteur mondial avec 7 tonnes par an, le safran importé d’Iran et du Pakistan inonde nos marchés à bas prix et se fait souvent passer pour du vrai safran de Taliouine. Cette situation catastrophique pour nos agriculteurs vient enfin de trouver une réponse concrète avec le PLF 2026 qui relève les droits de douane sur le safran importé à 60%. Une mesure historique saluée par la COMADER et qui pourrait changer la donne pour cette filière emblématique du terroir marocain.
L’or rouge de Taliouine : un trésor menacé
Le safran de Taliouine, cultivé principalement dans la province de Taroudant sur 1 780 hectares, est reconnu mondialement pour sa qualité exceptionnelle. Cette épice précieuse génère un chiffre d’affaires de 139 millions de dirhams en 2018, soit 9 fois plus qu’en 2008 où il n’était que de 16 millions. Le prix du safran certifié AOP (Appellation d’Origine Protégée) se négocie autour de 30 DH le gramme, soit entre 25 000 et 60 000 DH le kilogramme selon la qualité. Chaque famille d’agriculteurs détient entre 8 et 15 parcelles de 100 mètres carrés, cultivées selon des méthodes ancestrales transmises de génération en génération. La récolte se fait entièrement à la main, fleur par fleur, stigmate par stigmate, ce qui explique pourquoi il faut 150 000 fleurs pour obtenir seulement un kilogramme de safran sec.
La fraude qui ruine nos producteurs
Le problème est devenu alarmant ces dernières années. Le safran iranien, qui représente 90% de la production mondiale avec 250 tonnes par an, arrive au Maroc à des prix défiant toute concurrence : entre 12 000 et 18 000 DH le kilogramme contre 25 000 à 60 000 DH pour le safran marocain. Pire encore, une partie de ce safran importé est reconditionnée et vendue comme du safran de Taliouine sur nos marchés. L’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA) a confirmé avoir détecté des non-conformités lors de contrôles : teneur trop faible en principes actifs, présence de matières étrangères et même de colorants artificiels. Au marché Derb Omar à Casablanca, on trouve du faux safran vendu à moins de 10 DH le gramme, mélangé à des colorants chimiques ou des débris de maïs. Cette concurrence déloyale fait perdre des revenus considérables à nos 20 000 familles d’agriculteurs qui dépendent de cette culture.
PLF 2026 : une protection historique de 60%
La décision du gouvernement de porter les droits de douane sur le safran importé à 60% dans le cadre du PLF 2026 marque un tournant historique. Cette mesure, adoptée en décembre 2025 suite à un amendement de la majorité parlementaire, répond directement aux demandes pressantes des producteurs de Taliouine confrontés à l’afflux massif de safran étranger. La COMADER estime que cette protection contribuera directement à préserver la compétitivité de la filière nationale, à encourager la création de valeur ajoutée sur le territoire et à améliorer significativement les revenus des agriculteurs. Le ministère de l’Agriculture rappelle que la production marocaine est amplement suffisante pour satisfaire les besoins du marché intérieur et assurer l’exportation. Cette mesure permettra également de lutter contre la pratique frauduleuse consistant à réexporter du safran importé comme s’il s’agissait d’un produit local authentique de Taliouine.
Des objectifs ambitieux pour 2030
Le Maroc ne compte pas s’arrêter là. Le ministère de l’Agriculture a fixé des objectifs ambitieux : augmenter la superficie dédiée au safran pour atteindre 3 000 hectares, porter la production annuelle à 13,5 tonnes et augmenter le taux de conditionnement à 70% contre 55% en 2020. Ces objectifs sont portés par une demande mondiale en forte croissance, le marché du safran étant évalué à 839 millions de dollars en 2024 et devrait atteindre 1,368 milliard de dollars d’ici 2032. Le 16ème Festival International du Safran organisé en novembre 2025 à Taliouine a d’ailleurs réaffirmé cette ambition avec 120 exposants et des ateliers pour renforcer les capacités des agriculteurs. Les investissements prévus concernent notamment les systèmes d’irrigation goutte-à-goutte pour faire face à la variabilité climatique et la diversification des techniques agricoles.
Un avenir prometteur pour les zones rurales
Le safran représente bien plus qu’une simple épice pour les régions montagneuses du Sud marocain. C’est une source de revenus vitale pour des milliers de familles dans des zones où les alternatives économiques sont limitées. Avec la protection tarifaire du PLF 2026, les agriculteurs de Taliouine peuvent enfin envisager l’avenir avec confiance, Dieu merci. Le safran marocain, reconnu pour sa forte teneur en crocine et sa qualité exceptionnelle recherchée en cosmétique et en gastronomie, a tout pour s’imposer sur les marchés internationaux. La stratégie Génération Green 2020-2030 fait du safran un pilier du développement rural, capable de générer des emplois durables et de préserver le savoir-faire ancestral de nos terroirs. Cette filière emblématique du Maroc mérite toute notre attention et notre soutien pour continuer à faire briller l’or rouge de Taliouine dans le monde entier.



Leave a Reply