Des prix au plus bas qui réjouissent les consommateurs
Ce 13 janvier 2026, les données officielles des marchés de gros font état d’une baisse notable des prix de la pomme de terre. Les variétés non lavées, blanches et rouges, s’échangent désormais entre 1,80 et 3,80 dirhams le kilogramme. Pour les ménages marocains qui ont subi des mois de prix élevés sur les légumes, c’est une bouffée d’oxygène bienvenue.
Cette évolution s’explique par l’abondance de la production locale et par de meilleures conditions de récolte. Plusieurs bassins de production entrent simultanément en période de récolte : Casablanca-Settat, Kénitra, le Gharb, le Loukkos, Meknès et la région de Berkane. Une convergence qui crée une offre abondante sur les marchés, tirant mécaniquement les prix vers le bas.
Mais derrière les étals, nos producteurs perdent de l’argent
Si cette situation profite au consommateur, elle place le secteur dans une zone de tension critique. Les prix à la ferme tournent autour de 2 dirhams le kilogramme, un niveau qui fait entrer la filière dans une logique de pertes. Le coût d’investissement par hectare avoisine les 100 000 dirhams, en raison du renchérissement des intrants, de la main-d’œuvre et de l’absence de soutien spécifique suffisant.
Des études sur la chaîne de valeur montrent qu’avec un coût de production moyen de 63 000 DH/ha et un rendement de 40 tonnes par hectare, le coût de revient se situe autour de 1,6 DH le kilogramme, sans compter l’amortissement des équipements et la location du terrain. Aujourd’hui, avec l’inflation sur les intrants, ce coût a largement dépassé les 2 DH/kg. Quand nos producteurs vendent à 2 DH le kilo, ils couvrent à peine leurs charges. Impossible de dégager une marge ou d’investir pour les campagnes futures.
Une filière vitale pour des dizaines de milliers de familles
La pomme de terre rassemble entre 50 000 et 60 000 petits et moyens agriculteurs en irrigué, avec des parcelles allant de 0,5 à 3 hectares. La production nationale tourne autour de 1,7 million de tonnes par an. Dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima par exemple, 14 200 hectares sont dédiés à cette culture, représentant 24% de la superficie totale consacrée au maraîchage. Une campagne réussie peut générer plus de 300 000 tonnes dans une seule région.
Quand les prix s’effondrent, ce ne sont pas quelques agriculteurs qui sont touchés, mais des dizaines de milliers de familles dont les revenus dépendent directement de cette culture. Le gouvernement a bien mis en place des subventions de 8 000 à 15 000 dirhams par hectare et maintenu l’aide aux semences. Mais face à un coût d’investissement de 100 000 DH par hectare, ces aides ne couvrent que 15% des charges.
Trouver l’équilibre pour sauver la filière
Cette situation crée un cercle vicieux préoccupant. Quand les producteurs perdent de l’argent campagne après campagne, ils finissent par réduire leurs surfaces cultivées, voire abandonner cette culture. À moyen terme, cela peut créer des pénuries et une dépendance accrue aux importations. Les prix bas d’aujourd’hui préparent souvent la pénurie de demain.
Plusieurs pistes existent : une meilleure coordination des calendriers de plantation entre bassins pour éviter la saturation du marché, le développement de la transformation locale (frites surgelées, chips) qui valoriserait mieux notre production, et un mécanisme de prix minimal garanti aux producteurs. La pomme de terre à 2 DH le kilo, c’est une bonne nouvelle pour les ménages, mais il faut aussi penser à la durabilité de notre agriculture. L’enjeu est de trouver un équilibre : des prix accessibles pour les ménages, et des revenus décents pour nos agriculteurs qui ne demandent qu’à vivre dignement de leur travail.



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