Une présence acridienne qui inquiète dans le sud
Dans son bulletin hebdomadaire publié le 11 janvier 2026, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tire la sonnette d’alarme : l’activité acridienne s’intensifie dans le sud de notre pays. Des groupes de larves, parfois organisés en formations immatures ou en essaims de faible taille, ont été signalés dans plusieurs zones, tandis que des groupes d’adultes matures ont été repérés aux abords de Tan-Tan. La situation, bien que sous contrôle pour l’instant, nécessite une vigilance accrue de la part de nos agriculteurs et des autorités.
Cette recrudescence n’est pas une surprise. Depuis plusieurs mois, le Maroc, comme ses voisins mauritanien et algérien, fait face à une résurgence préoccupante du criquet pèlerin. Les pluies hivernales attendues pourraient créer des conditions particulièrement favorables à la reproduction de ces insectes ravageurs, notamment dans les oueds de Souss-Massa et du Drâa. Une situation qui demande une réponse rapide et coordonnée.
Des moyens importants déjà mobilisés
Nos autorités ne sont pas restées les bras croisés. Les campagnes de lutte antiacridienne menées ces derniers mois ont permis de traiter près de 59 942 hectares, dont environ 43 600 hectares par des opérations aériennes. Ces chiffres témoignent de l’ampleur des moyens mobilisés pour contenir la menace avant qu’elle ne se propage vers les zones agricoles du nord du pays.
Le Centre National de Lutte Antiacridienne (CNLAA), basé à Ait Melloul près d’Agadir, coordonne l’ensemble des actions de surveillance et de traitement préventif. Cette structure, reconnue pour son expertise, suit l’évolution des populations de criquets, mène des prospections dans les zones de reproduction, gère les stocks de pesticides homologués par l’ONSSA, et évalue l’impact environnemental des opérations. Un travail de fourmi, essentiel pour anticiper et neutraliser les foyers avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.
Une fenêtre d’intervention favorable grâce aux températures
Paradoxalement, les températures relativement basses enregistrées ces dernières semaines jouent en faveur de nos équipes de lutte. Elles ont ralenti le processus de maturation des insectes, offrant ainsi une fenêtre d’intervention précieuse pour renforcer les opérations de contrôle avant l’éventuel déclenchement d’une troisième génération. C’est maintenant que tout se joue.
Cependant, la FAO met en garde contre un risque de dispersion. De petits essaims pourraient, selon ses projections, remonter vers le nord du pays et franchir les frontières, notamment en direction de l’Algérie. Face à ce scénario, l’organisation recommande de maintenir un niveau élevé de vigilance, en poursuivant sans relâche les opérations de surveillance et de contrôle afin de prévenir toute propagation à plus grande échelle.
Quelles cultures sont menacées ?
Le criquet pèlerin ne fait pas dans la demi-mesure. Lorsqu’il arrive à maturité et se déplace en essaim, il dévaste tout sur son passage : céréales, légumes, plantes fourragères, cultures fruitières. Un essaim d’un kilomètre carré peut contenir jusqu’à 80 millions de criquets adultes, capables de consommer en une seule journée l’équivalent de la nourriture nécessaire à 35 000 personnes. Les dégâts infligés aux cultures peuvent être colossaux, avec des conséquences économiques sévères pour nos agriculteurs.
Chez nous, les zones les plus exposées se situent dans les provinces sahariennes, la vallée du Drâa, et potentiellement le Souss-Massa si la situation n’est pas maîtrisée rapidement. Les agriculteurs de ces régions doivent rester particulièrement attentifs et signaler immédiatement toute présence suspecte aux autorités locales.
Que faire concrètement sur le terrain ?
Face à cette menace, la meilleure arme reste la surveillance et la réactivité. Le ministère de l’Agriculture a mis en place un dispositif de soutien le long de toutes nos frontières, d’Oujda à Lagouira. Les Directions Provinciales de l’Agriculture (DPA) et les Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole (ORMVA) implantés dans ces zones frontalières apportent un soutien essentiel aux opérations de lutte, que ce soit pour les prospections ou les interventions.
Si vous êtes agriculteur dans les régions concernées, voici ce que vous pouvez faire :
- Surveillez vos parcelles régulièrement, notamment après les pluies
- Signalez immédiatement toute présence de criquets à votre Direction Provinciale de l’Agriculture
- Suivez les bulletins d’alerte publiés par la FAO et le CNLAA
- Collaborez avec les équipes d’intervention en facilitant leur accès à vos terres
- Éloignez temporairement vos ruches et troupeaux des zones de traitement si nécessaire
Des mesures respectueuses de l’environnement et de la santé
Une question revient souvent : les traitements anti-acridiens sont-ils dangereux pour l’environnement et la santé ? Les pesticides utilisés dans le cadre de la lutte antiacridienne sont homologués par l’ONSSA et appliqués de manière normative et précise par des équipes professionnelles. Ces équipes prennent toutes les précautions nécessaires pour que les pulvérisations aériennes n’aient aucun impact sur les zones humides, les zones écologiquement sensibles, la santé humaine ou la santé animale.
Par mesure de sécurité supplémentaire et avant toute intervention, les autorités demandent toujours aux apiculteurs de déplacer les ruchers et aux éleveurs d’éloigner leurs troupeaux des zones de traitement. Une approche responsable qui concilie efficacité de la lutte et préservation de notre écosystème.
Une coordination régionale indispensable
Le criquet pèlerin ne connaît pas de frontières. C’est pourquoi notre pays travaille en étroite collaboration avec la Commission de Lutte contre le Criquet Pèlerin dans la Région Occidentale (CLCPRO) et nos voisins mauritaniens et algériens. En novembre dernier, le Maroc a d’ailleurs remis à la Mauritanie un don de 100 000 litres de Deltaméthrine, témoignant de la solidarité régionale face à cette menace commune.
Depuis 2006, la stratégie préventive mise en place par la FAO a permis de maîtriser plus de 20 résurgences de criquets pèlerins, évitant ainsi le développement d’invasions majeures dans toute la région. Cette approche, basée sur la surveillance continue et l’intervention rapide, a fait ses preuves.
Pas de panique, mais une vigilance de tous les instants
La situation actuelle ne doit pas générer de panique, mais elle exige une vigilance maintenue. Les températures actuelles nous offrent un répit, mais les semaines à venir seront décisives. Nos agriculteurs, nos autorités locales, et le CNLAA doivent rester mobilisés pour prévenir toute propagation vers les zones agricoles stratégiques du pays.
L’expérience marocaine dans la lutte antiacridienne est solide. Lors de la dernière grande invasion qui s’est achevée en mars 2005, notre pays a réussi à traiter 5 millions d’hectares, démontrant notre capacité à faire face à des crises d’ampleur. Aujourd’hui, avec les technologies de surveillance modernes, la coordination régionale renforcée, et l’expertise du CNLAA, nous sommes mieux préparés que jamais.



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