Un rendement exceptionnel qui fait parler dans les campagnes
25,9 quintaux par hectare. C’est le chiffre qui fait briller les yeux des agriculteurs de Rissana Chamalia, dans la province de Larache. Sur la plateforme de démonstration mise en place par l’Initiative Al Moutmir, la variété Puno de quinoa vient de prouver qu’elle n’est pas une simple expérimentation de laboratoire, mais bel et bien une culture d’avenir pour notre agriculture. Face à une parcelle témoin qui affiche 14 quintaux à l’hectare, cette performance représente une amélioration de 86%, soit un gain net estimé à 35 000 dirhams par hectare. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont le résultat de trois campagnes agricoles de travail méthodique (2022-2025), d’accompagnement technique rapproché et d’une approche scientifique rigoureuse portée par le Groupe OCP à travers son programme Al Moutmir. Le 23 juillet dernier, la première récolte officielle a été célébrée à Larache, marquant un tournant dans l’histoire agricole de la région.
Al Moutmir : quand l’accompagnement fait toute la différence
L’Initiative Al Moutmir, lancée en 2018 par le Groupe OCP, n’est pas un simple programme de distribution d’intrants. C’est un modèle intégré d’accompagnement qui place l’agriculteur au cœur du dispositif. Depuis trois campagnes agricoles, plus de 106 plateformes de démonstration ont été déployées sur 60 sites, couvrant 12 provinces marocaines : Azilal, Béni Mellal, Berrechid, El Jadida, Khénifra, Khouribga, Kénitra, Larache, Meknès, Ouezzane, Tanger-Assilah et Youssoufia. Sur ces plateformes, les agriculteurs bénéficient d’un accompagnement complet couvrant tout le cycle de production : analyse gratuite des sols, sélection variétale adaptée, fertilisation raisonnée sur mesure, lutte intégrée contre les maladies, et techniques de récolte optimisées. Plus de 60 agronomes OCP travaillent quotidiennement aux côtés des fellahs, multipliant les formations théoriques, les écoles au champ et les capsules pédagogiques diffusées via les médias et réseaux sociaux. Les résultats parlent d’eux-mêmes : depuis 2018, l’initiative a soutenu directement plus de 50 000 agriculteurs à travers le Maroc, augmentant les rendements de certaines cultures de jusqu’à 21% et améliorant la marge nette des exploitants de 23% à 34% selon les filières.
Sept ans de recherche pour des variétés adaptées au Maroc
Derrière chaque graine de quinoa plantée à Larache se cache un travail scientifique colossal. Depuis 2018, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), sous la direction de la Pr. Manal Mhada, mène un programme de recherche dédié à cette culture andine. Plus de 300 accessions ont été testées pour identifier les variétés les plus adaptées aux conditions marocaines : résistance à la sécheresse, tolérance à la salinité, capacité à supporter les fortes températures. Cette démarche scientifique couvre l’ensemble de la chaîne de valeur. De la production locale de semences jusqu’à la transformation agroalimentaire (couscous de quinoa, pain sans gluten), l’UM6P travaille en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, l’IAV Hassan II, l’ENA de Meknès, l’INRA et des partenaires industriels pour structurer une filière complète et économiquement viable. Le quinoa n’est plus une curiosité exotique au Maroc. C’est aujourd’hui une culture maîtrisée, documentée, et reproductible à grande échelle.
Pourquoi le quinoa séduit nos agriculteurs ?
Les raisons de cet engouement sont multiples et concrètes. D’abord, l’argument économique est imparable. Avec un prix de vente moyen de 30 dirhams le kilogramme et une demande croissante sur les marchés locaux et internationaux (les prix de détail au Maroc varient entre 70 et 120 DH/kg selon la qualité), le quinoa offre une rentabilité bien supérieure aux céréales traditionnelles. Ensuite, l’argument agronomique pèse lourd dans un contexte où les ressources en eau se raréfient. Le quinoa pousse avec seulement 200 à 400 mm de pluie par an, contre 600 mm pour certaines céréales classiques. Il s’accommode parfaitement des sols pauvres, supporte la salinité de l’eau et résiste aux fortes températures. Dans les provinces comme Larache, Khénifra ou Rehamna, où les récentes pluies ont certes amélioré la situation mais où la gestion rationnelle de l’eau reste prioritaire, cette résilience climatique est un atout majeur. Enfin, l’argument nutritionnel donne à cette culture une dimension stratégique. Le quinoa contient 16,2% de protéines, soit davantage que le riz (7,5%) ou même le blé (14%). Sans gluten, riche en acides aminés essentiels, en fibres et en minéraux, il répond parfaitement aux nouvelles attentes des consommateurs marocains en matière de santé et de bien-être.
De Larache à tout le Maroc : les horizons s’élargissent
L’expérience de Larache n’est que le début. D’autres régions marocaines ont déjà adopté le quinoa avec succès. À Rehamna, la coopérative Hobob Rhamna a fait de cette culture alternative un levier de développement local, redonnant vie à des terres que l’on croyait condamnées à l’abandon. À Khénifra, les agriculteurs pionniers affichent des rendements moyens de 14 quintaux par hectare, et l’IAV Hassan II a même enregistré un record de 43 quintaux à l’hectare en station d’essai sous conditions optimales. Le Groupe OCP, via Al Moutmir, ne compte pas s’arrêter là. Fort de l’expérience acquise avec le quinoa, le programme étend désormais cette méthodologie à d’autres cultures résilientes comme le sorgho, le mil et les légumineuses à graines. L’objectif à l’horizon 2030 est clair : construire des systèmes agricoles diversifiés, adaptés aux contraintes climatiques et économiquement durables pour nos exploitants.
L’application @tmar : le digital au service des fellahs
Pour accompagner cette révolution agricole, OCP a développé une application mobile gratuite baptisée @tmar, accessible à tous les agriculteurs marocains. Cette plateforme fournit des conseils techniques, agronomiques et économiques personnalisés, intègre les prévisions météorologiques et les lectures de sols pour aider les fellahs à déterminer les quantités optimales d’engrais pour chaque culture. Plus de 300 000 agriculteurs utilisent déjà cet outil qui démocratise l’accès à l’information agricole de pointe.
Le quinoa, symbole d’une agriculture qui s’adapte et innove
L’histoire du quinoa à Larache dépasse largement le simple cadre d’une nouvelle culture. Elle illustre la capacité de notre agriculture à innover, à s’adapter aux défis climatiques et à transformer les contraintes en opportunités. Elle montre aussi qu’avec un accompagnement technique solide, une recherche scientifique rigoureuse et des partenariats public-privé efficaces, nos agriculteurs peuvent relever les défis les plus complexes. Le quinoa ne remplacera pas le blé demain matin. Mais il offre une alternative crédible, rentable et durable pour diversifier nos systèmes de production, réduire notre dépendance aux cultures gourmandes en eau et améliorer les revenus des exploitations familiales. De Larache à Rehamna, de Khénifra à Youssoufia, une nouvelle page s’écrit dans l’agriculture marocaine. Et elle est prometteuse.



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