Alors que le Maroc se relève de sept années de sécheresse et investit massivement pour reconstituer son cheptel, la Fièvre de la Vallée du Rift frappe à nos portes. À moins de six mois de l’Aïd al-Adha 2026, cette nouvelle menace pourrait-elle compromettre nos efforts ?
L’Aïd 2025 : Une page d’histoire tournée
L’Aïd al-Adha 2025 restera gravé dans les mémoires. Le 26 février 2025, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, a adressé un message royal à la nation, appelant les Marocains à s’abstenir du sacrifice rituel en raison de la diminution critique du cheptel national. Le 7 juin 2025, le Souverain a accompli Lui-même le sacrifice au nom du peuple marocain, suivant l’exemple du Prophète (SAWS).
Cette décision, bien que difficile, n’était pas sans précédent. Feu le Roi Hassan II avait pris des mesures similaires à trois reprises : en 1963 (suite à la Guerre des Sables), en 1981 (sécheresse et crise économique), et en 1996 (sécheresse persistante). Chaque fois, ces décisions témoignaient d’une vision à long terme pour préserver l’avenir du cheptel national.
Un cheptel à genoux après sept ans de sécheresse
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2016 et 2025, le Maroc a perdu 38% de son cheptel ovin, passant de 11 millions de femelles reproductrices à 8,7 millions. Sept années consécutives de sécheresse ont décimé les troupeaux, fait flamber les prix des aliments pour bétail et mis à genoux des centaines de milliers d’éleveurs.
Normalement, entre 5,5 et 6 millions de têtes sont abattues chaque année pour l’Aïd al-Adha. En 2025, ce chiffre était tout simplement insoutenable face à la réalité du terrain.
Un programme ambitieux de reconstitution : 12,8 milliards de dirhams mobilisés
Face à cette situation, l’État marocain a lancé un programme massif de reconstitution du cheptel, doté de 12,8 milliards de dirhams. Ce programme comprend :
- Soutien financier direct aux éleveurs pour l’achat d’aliments pour bétail
- Préservation des femelles reproductrices avec interdiction stricte de leur abattage
- Allégement de l’endettement des éleveurs
- Campagnes de vaccination contre les maladies animales
- Encadrement technique et formation des éleveurs
- Aide supplémentaire de 3,2 milliards de dirhams prévue d’ici 2026
Les pluies sont enfin revenues fin 2025, redonnant espoir aux agriculteurs et aux éleveurs. Les pâturages reverdissent, la production fourragère repart. L’objectif est clair : permettre aux Marocains de célébrer l’Aïd al-Adha 2026 dans sa plénitude.
Une nouvelle menace : la Fièvre de la Vallée du Rift (FVR)
Mais alors que l’espoir renaît, une nouvelle menace émerge à nos frontières : la Fièvre de la Vallée du Rift (FVR).
Qu’est-ce que la FVR ?
La FVR est une maladie virale redoutable qui frappe principalement les ruminants : moutons, chèvres, vaches, dromadaires. Les conséquences sont dévastatrices :
- Jusqu’à 90% de mortalité chez les agneaux
- 100% d’avortements chez les brebis gestantes
- Pertes économiques massives pour les éleveurs
C’est aussi une zoonose : elle peut se transmettre à l’homme par contact avec des animaux infectés, piqûres de moustiques, ou consommation de lait cru.
La situation aux portes du Maroc
Au Sénégal et en Mauritanie : une épidémie qui fait rage
Depuis septembre 2025, nos voisins du Sud font face à une épidémie sévère :
- Sénégal : 500 cas humains confirmés, 31 décès, 8 régions touchées sur 14
- Mauritanie : 53 cas confirmés, 18 décès, taux de létalité de 30% (particulièrement élevé)
Les troupeaux sont décimés, les éleveurs ruinés, l’économie pastorale en crise.
Au Maroc : premiers signaux d’alerte
En août 2025, 235 cas animaux (chèvres et dromadaires) ont été signalés au Maroc, avec 71 décès d’animaux. Aucun cas humain n’a été confirmé à ce jour, mais le Ministère de la Santé marocain a classé le risque comme “élevé au niveau national” pour la santé publique et animale.
Le risque pour l’Aïd 2026 : un scénario à éviter absolument
Nous sommes à moins de six mois de l’Aïd al-Adha 2026 (prévu en juin). Si la FVR se propage au Maroc dans les prochains mois, voici ce qui pourrait se produire :
- Avortements massifs chez les brebis gestantes en pleine période de reproduction
- Mortalité élevée chez les agneaux nés ce printemps
- Mise en quarantaine de régions entières d’élevage
- Abattages préventifs pour contenir l’épidémie
- Flambée des prix du bétail restant
- Impossibilité pour des millions de familles de célébrer l’Aïd dignement
Après 12,8 milliards de dirhams investis et des années d’efforts pour reconstituer le cheptel, la FVR pourrait anéantir ces progrès en quelques semaines.
Ce que font les autorités marocaines
Le Maroc ne reste pas inactif face à cette menace. Un dispositif complet a été mis en place :
1. Surveillance épidémiologique renforcée
- 3 laboratoires de référence opérationnels pour détecter rapidement les cas suspects
- Coordination étroite entre le Ministère de la Santé et l’ONSSA (Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires)
- Manuel de veille et de riposte publié en novembre 2025
2. Campagnes de vaccination préventive
- L’ONSSA a lancé des campagnes de vaccination du cheptel dans les zones à risque
- Mobilisation du réseau de vétérinaires privés présents dans tout le Royaume
- Le Maroc a déjà prouvé son efficacité en éradiquant la Peste des Petits Ruminants (PPR) grâce à des campagnes massives (90% du cheptel vacciné entre 2008 et 2010)
3. Contrôles aux frontières
- Renforcement des contrôles sanitaires sur les animaux et produits d’origine animale
- Surveillance accrue des mouvements de bétail
Ce que VOUS devez faire en tant qu’éleveur
Les autorités ne peuvent pas tout faire seules. Chaque éleveur a un rôle crucial à jouer pour protéger son troupeau et contribuer à la sécurité sanitaire nationale.
1. Surveillez vos animaux quotidiennement
Symptômes à surveiller chez les animaux :
- Fièvre élevée soudaine
- Avortements inexpliqués (surtout chez les brebis)
- Mortalité anormale chez les agneaux
- Faiblesse, perte d’appétit
- Écoulements nasaux, salivation excessive
⚠️ Si vous observez ces symptômes : alertez IMMÉDIATEMENT l’ONSSA ou votre vétérinaire. Ne déplacez surtout pas les animaux malades.
2. Protégez-vous et votre famille
La FVR peut se transmettre à l’homme. Mesures de protection essentielles :
- Portez toujours des gants, masques et protections lors de la manipulation d’animaux, d’abattage, de vêlage ou de soins vétérinaires
- Ne consommez JAMAIS de lait cru : faites-le toujours bouillir ou achetez du lait pasteurisé
- Protégez-vous des moustiques : répulsifs, moustiquaires, élimination des eaux stagnantes autour de votre exploitation
- Consultez rapidement un médecin en cas de fièvre après contact avec du bétail
3. Participez aux campagnes de vaccination
Si l’ONSSA organise une campagne de vaccination dans votre région, ne la manquez pas. C’est votre meilleure arme contre la FVR. La vaccination a déjà sauvé le cheptel marocain par le passé.
4. Collaborez avec les autorités
- Déclarez tous vos animaux lors des recensements
- Respectez les consignes de l’ONSSA et des vétérinaires
- Ne déplacez pas d’animaux malades ou provenant de zones suspectes
- Coopérez lors des contrôles sanitaires
Et si vous n’êtes pas éleveur ?
- Cette menace concerne TOUS les Marocains. Voici comment vous pouvez aider :
- Partagez cette information avec vos proches, surtout ceux qui vivent en milieu rural ou qui sont éleveurs
- Ne consommez jamais de lait cru : privilégiez toujours le lait pasteurisé ou bouilli
- Signalez tout cas suspect d’animaux malades dans votre région aux autorités locales
- Soutenez les éleveurs marocains en achetant local et en respectant les mesures sanitaires
- Restez informé sur l’évolution de la situation via les canaux officiels
Un message d’espoir et de responsabilité
Notre histoire récente nous a appris que nous savons faire face aux crises. Nous avons survécu à sept années de sécheresse. Feu le Roi Hassan II et Sa Majesté le Roi Mohammed VI ont pris des décisions courageuses pour préserver l’avenir de notre cheptel. Nous avons investi 12,8 milliards de dirhams pour reconstruire nos troupeaux. Nous avons éradiqué la Peste des Petits Ruminants grâce à des campagnes de vaccination massives.
La FVR est une menace sérieuse, mais elle n’est pas invincible. Si les autorités continuent à agir avec détermination, si les éleveurs restent vigilants, si nous nous mobilisons collectivement, nous pouvons protéger notre cheptel et célébrer l’Aïd al-Adha 2026 dans la dignité et la sérénité.
Mais il faut agir maintenant. Pas demain, pas la semaine prochaine. Maintenant.
L’Aïd 2026 se prépare aujourd’hui, dans chaque ferme, chaque bergerie, chaque coopérative. Ensemble, faisons en sorte que cette fête soit celle du renouveau et de la gratitude, pas celle d’une nouvelle épreuve.
En résumé : Les 6 points essentiels à retenir
- L’Aïd 2025 a été célébré sans sacrifice collectif par décision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la 4ème fois dans l’histoire contemporaine du Maroc (après 1963, 1981 et 1996 sous feu Hassan II)
- Le cheptel marocain a chuté de 38% entre 2016 et 2025 en raison de sept années de sécheresse
- 12,8 milliards de dirhams ont été investis pour reconstituer le cheptel national, avec l’espoir de célébrer l’Aïd 2026 pleinement
- La FVR menace ce redressement : 500 cas humains au Sénégal/Mauritanie, 235 cas animaux signalés au Maroc en août 2025
- La FVR est dévastatrice : 90% de mortalité chez les agneaux, 100% d’avortements chez les brebis, transmissible à l’homme
- Chacun peut agir : éleveurs (surveillance, vaccination, protection), citoyens (information, pas de lait cru, signalement)
Contacts utiles
- ONSSA (Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires) : www.onssa.gov.ma
- Ministère de la Santé – Veille épidémiologique : www.sante.gov.ma
- Votre vétérinaire local : Gardez son contact à portée de main


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