Une région stratégique, longtemps assoiffée
La Chaouia est l’un des greniers historiques du Maroc pour les céréales et les fourrages, mais aussi l’une des régions les plus exposées aux sécheresses répétées. Le bassin hydraulique Bouregreg‑Chaouia a connu plusieurs années avec un déficit de pluies supérieur à 40%, affectant les apports dans les barrages et fragilisant la production agricole.
Face à cette situation, les exploitations ont souvent reposé sur les nappes souterraines, entraînant une surexploitation des ressources et une baisse inquiétante des niveaux piézométriques. L’enjeu aujourd’hui est donc de sécuriser durablement l’eau d’irrigation sans sacrifier l’avenir des nappes ni la production de base en céréales, fourrages et cultures maraîchères.
Un schéma directeur pour 250.000 hectares
Le ministère de l’Agriculture lance une grande étude pour définir un schéma directeur de développement de l’irrigation sur près de 250.000 ha dans la Chaouia. Trois ensembles sont ciblés : la haute Chaouia (Settat‑Ben Ahmed), la Basse Chaouia‑nappe de Berrechid à sauvegarder, et la Basse Chaouia (El Gara‑Nfifikh) avec un potentiel d’extension important.
L’étude doit identifier les zones les plus favorables selon leurs caractéristiques naturelles, hydriques, socio‑économiques et foncières, puis hiérarchiser les projets. À la clé, trois projets prioritaires sur 80.000 ha feront l’objet d’études de faisabilité détaillées (pompage, adductions, réseaux sous pression) et de dossiers de financement calibrés pour les bailleurs internationaux.
Interconnexion des bassins : de l’eau du Nord vers les terres sèches
Le cœur du “big bang” repose sur l’interconnexion des bassins : il s’agit de transférer les excédents d’eau des bassins du Nord (Sebou, Loukkos, Laou) vers les bassins déficitaires comme Bouregreg‑Chaouia et Oum Er‑Rbia. La première tranche de l’interconnexion Sebou‑Bouregreg a déjà permis de transférer des centaines de millions de m³, sécurisant l’eau potable de Rabat et Casablanca.
À terme, la poursuite de ces interconnexions et d’autres projets programmés dans le cadre du PNAEPI 2020‑2027 doit mobiliser près d’un milliard de m³ d’eau supplémentaire, gagnés sur les pertes en mer. Une partie de ces volumes sera dédiée à l’irrigation de complément des grandes cultures de Chaouia, réduisant la dépendance aux pluies et la pression sur les nappes.
Dessalement : libérer de l’eau pour l’agriculture
Deux méga‑stations de dessalement en cours de développement, à Casablanca et Rabat, joueront un rôle clé. En alimentant ces grandes agglomérations en eau potable, elles permettront de libérer les volumes actuellement prélevés dans les barrages, qui pourront être réorientés vers l’irrigation dans les bassins déficitaires, notamment Bouregreg‑Chaouia.
La station de Casablanca doit atteindre à terme une capacité de l’ordre de 300 millions de m³/an, tout comme celle de Rabat, ce qui réduit la compétition entre villes et agriculture. Cette stratégie “eau potable par dessalement, eau de barrage pour l’irrigation” s’inscrit dans une vision de long terme pour la souveraineté hydrique et alimentaire du Maroc.
Quatre objectifs pour transformer l’agriculture de la Chaouia
Le schéma directeur vise quatre priorités majeures :
- Stabiliser durablement la production céréalière dans une région considérée comme l’un des greniers du pays.
- Généraliser et moderniser l’irrigation sous pression pour économiser l’eau et améliorer les rendements.
- Réduire fortement la pression sur les nappes souterraines grâce à l’eau transférée et au dessalement.
- Augmenter la valeur ajoutée agricole en introduisant des assolements plus diversifiés (fourrages, maraîchage, cultures à plus forte valeur) et en attirant l’investissement privé.
Ce “big bang” hydraulique ne sera une réussite que si chaque goutte supplémentaire profite d’abord à celles et ceux qui cultivent la Chaouia au quotidien, afin de transformer une région longtemps assoiffée en laboratoire vivant d’une agriculture marocaine plus résiliente, plus équitable et réellement souveraine.



Leave a Reply